www.sarahbessis.fr Psychothérapie & Psychanalyse Paris 18 ème
Accueil > La psychanalyse > Une étude sur la mélancolie : souffrance, auto-accusation, auto-reproche, culpabilite, dépréssion, deuil, suicide. Parler de sa souffrance à un psychologue à Paris 18éme

Une étude sur la mélancolie : souffrance, auto-accusation, auto-reproche, culpabilite, dépréssion, deuil, suicide. Parler de sa souffrance à un psychologue à Paris 18éme

soigner la dépréssion aprés un deuil à Paris 18éme

cliquez sur les images pour les agrandir

Une étude sur la mélancolie
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      Sarah Bessis
                                                                                                            A Paris 18eme, le 12 Décembre 2017

La mélancolie apparaît comme l’un des concepts les plus énigmatiques depuis la nuit des temps, mais elle disparaît aujourd’hui des manuels psychiatriques : le DSM IV la désigne comme une variante de la dépression et l’évoque tel un « épisode dépressif majeur »1 alors que, hier encore, elle était à la source de nombreux débats et polémiques quant à son appartenance nosographique. Pourtant, il nous semble important de mettre en valeur les distinctions structurales entre la dépression et la mélancolie car le rapport à l’objet perdu n’est pas du tout le même dans une dépression que dans la mélancolie où l’objet ne peut pas être perdu parce que jamais structuralement construit comme tel. 
 
Dans la mélancolie « la perte de l’objet s’était transformée en une perte du moi, […] » tel que le postule Freud, dans Deuil et mélancolie en 1917. Ainsi, Freud montra que les auto-reproches du mélancolique sont en réalité des reproches adressés à l’objet incorporé. La haine s’adresse à l’objet intériorisé en l’injuriant, et s’exprime sous forme d’auto-reproches, ce qui procure au sujet une satisfaction sadique dans cette souffrance. Freud met l’accent sur les auto-reproches, la ruine du moi, mais aussi sur l’ambivalence concernant l’objet perdu comme éléments permettant de différencier le deuil de la mélancolie.

La mélancolie : un deuil pathologique parce qu’impossible

Les considérations de Freud sur la mélancolie et sur la manie s’inscrivent dans le prolongement des travaux pionniers de Karl Abraham. En 1924, Freud considère la mélancolie comme une « psychonévrose narcissique”  caractérisé par un conflit entre le moi et le surmoi.

C’est en 1917, que Freud décrit les principaux traits de la mélancolie dans Deuil et mélancolie : il la caractérise du point de vue psychique par « une dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité d’aimer, l’inhibition de toute activité et la diminution du sentiment d’estime de soi qui se manifeste en des auto reproches et des auto-injures et va jusqu’à l’attente délirante du châtiment .

Si Freud compare la souffrance mélancolique à celle du deuil , il les distingue radicalement lorsqu’il s’agit d’en élaborer des modèles de compréhension du point de vue de la métapsychologie; et si le travail de deuil s’achève par la réintégration possible de l’objet disparu au sein du monde des représentations et des souvenirs, grâce au passage laissé libre de l’inconscient au préconscient/conscient, il n’en va pas de même avec la mélancolie pour laquelle ce passage reste bloqué, interdisant l’accès à toute représentation susceptible de fixer une souffrance dès lors délestée de tout objet. Ainsi Freud précise que le mélancolique sait qui il a perdu, mais non ce qu’il a perdu en cette personne. Il s’agit donc d’une perte d’objet soustraite à la conscience, à la différence du deuil dans lequel rien de ce qui concerne la perte n’est inconscient.

Dans sa clinique différentielle, Freud met l’accent sur l’immense appauvrissement, voire la ruine du moi, de sorte que ce n’est pas le monde qui comme dans le deuil est pauvre et vide, c’est le moi lui-même que le malade nous peint comme « ne valant rien, dont on ne peut rien attendre et moralement rejetable »  selon un tableau que Freud qualifie de délire de petitesse.

Freud reconstruit le processus en œuvre dans la mélancolie. “ Il existait d’abord un choix d’objet, une liaison de la libido à une personne déterminée ; sous l’influence d’un préjudice réel ou d’une déception de la part de la personne aimée, cette relation fut ébranlée .” Normalement, puisque la libido est déçue, elle devrait s’orienter vers un autre objet, mais dans ce cas de figure, “la libido libre ne fut pas déplacée sur un autre objet mais ramenée dans le moi .” c’est un processus normal, il s’agit de la libido narcissique. Puis Freud précise “Mais là, elle ne fut pas utilisée de façon quelconque : elle servit à établir une identification du moi avec l’objet abandonné .” L’investissement d’objet est relayé par une identification particulière où « l’objet perdu est réérigé dans le moi   ».
Ainsi, Freud ajoute : “ De cette façon la perte de l’objet s’était transformée en une perte de moi, le conflit entre le moi et la personne aimée en une scission entre la critique du moi et le moi modifié par l’identification .”

La forte tendance autodestructrice du mélancolique, résulte d’un renforcement de l’ambivalence de l’amour et de la haine envers l’objet et le moi, affects qui se dissocient et subissent des destins différents. D’une part, le sujet continue à aimer l’objet, mais au prix d’un retour à une forme primitive d’amour qui est l’identification dans laquelle “aimer l’objet” c’est “être l’objet” : “L’identification narcissique avec l’objet devient alors le substitut de l’investissement d’amour, ce qui a pour succès que, malgré le conflit avec la personne aimée, la relation d’amour n’a pas à être abandonnée . » Elle correspond à la régression allant d’un type de choix d’objet au narcissisme originel. Freud met alors en avant le mécanisme d’incorporation où le moi « voudrait s’incorporer à cet objet et cela, conformément à la phase orale cannibalique du développement de la libido, par la voie de la dévoration . »
A cause de cette incorporation, il n’y a pas de possibilité de prise de distance avec l’objet, il est incorporé, il rentre réellement et envahi le sujet (et non seulement son image), ce qui explique que les ruptures ultérieures soient vécues comme impossible à surmonter.

Poursuivons avec Freud : « L’ombre de l’objet tomba ainsi sur le moi, qui put alors être jugé par une instance particulière, comme un objet, comme l’objet délaissé .”
Ce qui est à souligner, c’est la dimension du jugement, c’est à dire le fait que le moi va être jugé par une instance qui est l’idéal du moi. L’idéal du moi va non seulement juger le moi mais il va aussi le condamner. Il y a une dimension de jugement moral qui va devenir excessive dans la mélancolie et ce qui trahit la dimension excessive, pathologique dans le processus mélancolique, c’est que le moi est jugé comme s’il était l’objet délaissé lui-même, les plaintes sont en fait des accusations.

 
La perte ne concerne plus l’objet comme dans le deuil mais le Ich que Freud va alors expliquer ainsi : si l’on écoute toutes les plaintes que le mélancolique s’applique à lui-même, on s’apercevra que “ces auto-reproches sont des reproches contre un objet d’amour qui sont renversés de celui-ci sur le moi propre »  du sujet mélancolique. Si le sujet mélancolique expose sans honte ses auto-accusations et ses reproches, c’est parce que ce sont des accusations dirigées contre l’objet perdu.

« Les reproches et les agressions envers l’objet se manifestent sous la forme d’auto-reproches mélancoliques . »
C’est ce changement de direction de l’investissement d’objet vers le moi lui-même confondu avec l’objet qui explique le désintérêt du mélancolique pour les personnes de son entourage et le repli narcissique consécutif sur la personne propre, le malade se préoccupant tellement de lui-même qu’il est comme aspiré par le tourbillon de ses auto reproches. Par ailleurs, ce retournement des reproches sur la personne propre implique un clivage du moi, une partie du moi se confondant avec l’objet perdu, l’autre exerçant sa critique en s’érigeant en une instance que Freud nomme “conscience morale” : “Nous voyons chez lui comment une partie du moi s’oppose à l’autre, porte sur elle une appréciation critique, la prend pour ainsi dire pour objet .” A ce moment de l’élaboration théorique de Freud, cette instance critique constitue le précurseur de la notion du surmoi.



Dans la mélancolie, le sujet ayant perdu l’objet, va l’intérioriser et vivre comme si l’objet était maintenant lui-même. Mais la perte de l’objet fait apparaitre l’ambivalence : l’objet perdu est un objet d’amour et un objet de haine. La haine s’adresse à l’objet intériorisé en l’injuriant, et s’exprime sous forme d’auto-reproches et le sujet éprouve une satisfaction sadique dans cette souffrance. Le mélancolique s’inflige cette torture qui représente la satisfaction des tendances sadiques qui, adressées à l’objet, ont subi un retournement sur la personne propre.

Freud relève un autre point décisif en démontrant que les autoaccusations du mélancolique constituent simultanément une agression envers l’objet, ce qui signifie que le repli narcissique n’exclut pas que subsiste une relation d’objet inconsciente. Freud observe que le patient mélancolique, tout comme l’obsessionnel, éprouve une jouissance à exercer simultanément des tendances sadiques et haineuses envers lui-même et envers autrui, ce dernier étant généralement une personne de l’entourage: “ D’habitude, dans les deux affections, les malades parviennent encore, par le détour de l’autopunition, à tirer vengeance et à torturer ceux qu’ils aiment par le moyen de leur maladie , après s’être réfugiés dans la maladie pour ne pas être obligés de leur manifester directement leur hostilité .” En relevant ainsi que les auto- agressions du mélancolique sont un moyen d’agresser son objet et d’exercer une vengeance envers lui, Freud montre que ces patients, à côté du narcissisme, maintiennent néanmoins une relation objectale avec l’entourage, celle-ci étant fondée sur la haine et l’agressivité.
La force de l’ambivalence est ainsi résolue par le clivage. Le mélancolique ne cesse de dire à quel point il aime l’objet, alors qu’en fait il le déteste au moins tout autant. Dans le clivage on a pour résultat que l’amour et la haine sont coupés, sans lien entre eux.
 
Quelle serait la nature de cette perte ou de cette séparation originelle à la trace de laquelle le sujet mélancolique s’est identifié comme à un reste équivalent à un rien ? Freud parlait “d’un préjudice réel ou d’une déception de la part de la personne aimée” - parce le mélancolique s’inscrit dans les traces d’un premier objet qui, sitôt apparu dans le champ du désir par lui-même créé, a disparu, laissant le futur mélancolique en proie à la sidération.

 Lacan dans son séminaire Le transfert parle du « suicide de l’objet » et avance l’idée qu’à travers le transfert, on peut entendre qu’il s’agit bien de l’évanouissement du désir, et non pas seulement de l’objet en sa présence physique. Pour Lacan, la mélancolie est de l’ordre du « suicide de l’objet ». L’objet sur lequel porte les reproches, avec toute leur puissance d’insultes, est un objet qui s’est détruit, qui s’est suicidé. C’est du revenant de l’objet, de son ombre, que le Ich du mélancolique est la proie.

Ce qui caractérise un tel type d’affection, c’est l’impact de la catastrophe originelle sur la relation d’objet ultérieure, et ceci sous les auspices de la dénonciation de l’Autre en position de traitre et de la dévalorisation de soi en position de déchet. Lacan nous met alors sur la voie de cette catastrophe originelle lorsqu’il émet l’hypothèse suivante : “ Il s’agit de ce que j’appellerai, non pas le deuil, ni la dépression au sujet de la perte d’objet, mais un remords d’un certain type, déclenché par un dénouement qui est de l’ordre du suicide de l’objet. Un remords donc, à propos d’un objet qui est entré à quelque titre dans le champ du désir, et qui, de son fait, ou de quelque risque qu’il a couru dans l’aventure, a disparu . »

Lorsque Lacan parle du suicide de l’objet, il parle de l’objet « a » cause du désir puisque c’est bien la fonction même de cet objet qu’il faudrait interroger dans la mélancolie dans la mesure où cette affection semble tout entière exprimé l’effacement du désir.
Si le sujet ne peut s’attaquer à aucun des traits de cet objet que l’on ne voit pas, nous pouvons en identifier quelques-uns à travers ce qu’il vise comme étant ses propres caractéristiques à lui. « Je ne suis rien, je ne suis qu’une ordure ».

Aussi bien, la souffrance mélancolique repose t’elle aussi sur l’affirmation d’un préjudice, celui de la catastrophe originelle causée par la démission de l’Autre et dont le sujet ne cessera de recouvrir la réalité au point d’en nier a priori tout l’intérêt. Dénoncer ou affirmer la faille nécessairement à l’œuvre dans tout investissement, telle apparait la mission du sujet mélancolique auréolé d’un savoir qu’il serait le seul à posséder. Rien n’est venu suspendre l’évanouissement du désir de l’Autre, pas même l’appel du sujet ou, du moins, ce qui ultérieurement aurait été de cet ordre. Le sujet mélancolique a donc pu croire qu’il en allait de sa faute, ne sachant pas toutefois ce qui lui avait manqué pour empêcher ce qui devint, de son point de vue, un véritable meurtre. Signalons qu’il ne s’agit pas ici de la figure de la dette impossible à régler, révélatrice de la névrose obsessionnelle, mais bien de celle de la faute impossible à connaitre, révélatrice de la mélancolie.  La trahison constitue alors la seule croyance du sujet mélancolique, trahison de la parole de l’Autre lorsqu’il tente désespérément de lui faire porter le poids d’un Idéal du moi inaccessible en guise d’identité, trahison du premier objet d’amour au mouvement de disparition duquel il s’est identifié.

Ranger sous le signifiant « rien », le mélancolique ne peut que se punir, à moins qu’il ne parvienne à retourner sa culpabilité en agressivité dirigée sur celui qui l’a ainsi lâchement abandonné « […] cet objet, dira Lacan, s’il a été jusqu’à se détruire, ce n’était donc pas la peine d’avoir pris avec lui tant de précautions, ce n’était donc pas la peine de m’être détourné pour lui de mon vrai désir » .

Lacan dira au sujet du mélancolique : “Remarquez qu’il ne s’agit jamais de l’image spéculaire. Le mélancolique ne vous dit pas à mauvaise mine, ou qu’il a une sale gueule, ou qu’il est tordu, mais qu’il est le dernier des derniers, qu’il entraine des catastrophes pour toute sa parenté, etc. Dans ses auto-accusations, il est entièrement dans le domaine du symbolique .” Avec le mélancolique, nous sommes dans un temps pré-spéculaire, où date l’impossible constitution ultérieure d’un Moi idéal, du fait de l’extériorité radicale d’un Idéal du moi que le mélancolique tendra vainement de faire coïncider avec l’Autre. L’objet premier n’est plus, comme c’est le cas pour le névrosé, une image à rejoindre, ce n’est pas le moi idéal qui occupe cette place, mais le sujet même. Le mélancolique incarne l’objet premier à travers la négation de lui-même, à travers son anéantissement : le sujet est l’objet du désir de l’Autre, non sous la forme de l’objet-merveilleux, mais sous la forme de l’objet-déchet.

Qu’est-ce que la manie ?

Pour Freud, la manie n’a pas d’autre contenu que la mélancolie. Dans la mélancolie, le Moi succombe alors que dans la manie, le Moi maitrise. La manie est comparable à tous les états de jubilation, de joie succédant à un événement important et libérateur mais s’en différencie sur un point : « Dans la manie « reste caché pour le Moi ce qu’il a surmonté et ce dont il triomphe . »
Pour Freud, la manie représente une lutte triomphante sur la mélancolie. Freud disait :« Il se crée toujours une sensation de triomphe quand quelque chose dans le moi coïncide avec l’Idéal du moi. De même, le sentiment de culpabilité (et le sentiment d’infériorité) peut être compris comme expression de la tension entre moi et idéal . » Freud dit : « […] il n’est pas douteux que chez le maniaque moi et idéal du moi ont conflué, si bien que la personne, dont aucune auto-critique ne trouble l’humeur faites de triomphe et de ravissement de soi-même, peut se réjouir de la disparition des inhibitions, des égards pour autrui et des auto-reproches . »

Bibliographie
FREUD S., « Deuil et Mélancolie » (1917) in Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1968, p.156-164.                                                        
FREUD S., « Psychologie des foules et analyse du moi » (1921) in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981, p.201-203.                     
FREUD S., « Le Moi et le ça » (1923) in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981, p.240.                        
FREUD S., « Névrose et Psychose » (1924), in Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973, p.286.                      
LACAN J.,Le séminaire, Livre VIII, Le transfert (1960-1961), Paris, Seuil, 1991, p.458-459.                                      
Contactez-nous