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Intervention au XXXIIIe colloque du RPH à Paris 2éme - Les trois temps de l'Oedipe: mére, enfant, phallus. L'étoffe d'un désir.

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Conclusion du XXXIIIe COLLOQUE DU RPH
Espace Vinci, Paris 2éme.

Les trois temps de l’Œdipe. Acte I : mère, enfant, phallus. L’étoffe d’un désir.

Dans une lignée freudo-lacanienne et à travers leurs interventions, les différents cliniciens ont montré comment cette relation première mère/enfant se positionne d’emblée comme une relation à trois termes : la mère, l’enfant et le phallus.

En effet, cette question du phallus se trouve au centre de la dialectique œdipienne, en tant qu’il est signifiant du désir de l’Autre. L’Autre ce « trésor des signifiants », l’Autre de l’enfant, la mère.  Je vais essayer de revenir avec vous sur ce que Lacan nomme « le 1er temps de l’Œdipe ».

Dans ce temps, où la mère investit tout particulièrement son enfant d’une valeur phallique, celui-ci tente de trouver réponse à la question du désir de l’Autre. L’enfant s’identifie alors à ce qu’il suppose être l’objet du désir de la mère et colle ainsi son désir au sien. En d’autres termes, il tente de satisfaire le manque de la mère en se mettant à cette place imaginaire de phallus. Aussi, dans cette identification phallique, l’enfant fait l’économie de la dimension de la castration, puisqu’il dénit imaginairement le manque aussi bien chez lui que chez sa mère. Ce sera alors le rôle de cet élément tiers, le père ou la fonction paternelle, de venir séparer cette indistinction fusionnelle entre l’enfant et la mère, pour qu’il puisse chacun trouver une voie désirante. Dans cette indistinction fusionnelle, on pourrait dire que lorsque 1+1 = 1, il y en a bien 1 qui manque à l’appel, ai-je envie d’ajouter, à l’appel de son désir. C’est cela aussi cette question de l’aliénation au désir de l’Autre que l’on entend dans la clinique.

Justement, en quoi cette théorie vient-elle éclairer la clinique, puisque c’est cela, également qui nous intéresse.

Nous avons entendu, aujourd’hui les paroles de patients ou de psychanalysants qui parlent de leur rapport à leur mère ou dans le cas d’une mère, de son rapport à son enfant. Ils peuvent en parler dans ces termes : « Je suis comblée par mon enfant », « mon enfant, c’est toute ma vie », « ma mère est tout pour moi » « Je ferais tout pour elle » ou encore « ma mère et moi, on est inséparable » tant de paroles qui supposent la trace imaginaire de ce premier temps de l’Œdipe et que nous retrouvons d’ailleurs dans le langage de l’amour avec cette idée de ne faire qu’un. 

Dans la clinique, la porte d’entrée d’une psychothérapie se situe du côté de la souffrance, qui souvent revêtue par un symptôme vient pointer les impasses dans lesquelles l’être se trouve. Une souffrance quant au fait de ne pas pouvoir se séparer de l’Autre, ne pas pouvoir quitter sa position infantile, de ne pas savoir dire non à l’Autre, de ne pas trouver sa place, ou encore d’avoir l’impression de passer à côté de sa vie, bref, ce que l’on entend dans la clinique, c’est cette difficulté pour l’être de devenir sujet de son existence et de trouver la voie de son propre désir.

Revenons, un instant, aux interventions des cliniciens qui ont présenté aujourd’hui une partie de leur clinique. Je souhaite notamment, faire référence à l’intervention de Diane Sourrouille et de Fairouz Nemraoui qui, au travers de leur clinique ont dégagé, il me semble, des traces singulières d’aliénation au désir de l’Autre. Je les ai rassemblées et je choisis aujourd’hui de vous les présenter de façon succincte : confondre son désir au désir de l’Autre pour ne pas le décevoir, se conformer au désir de l’Autre en laissant son désir de côté, avoir l’impression de tromper ce grand Autre lorsque notre amour se porte vers un petit autre, autant de traces, de paroles marquées de cette aliénation au désir de l’Autre où l’être, dans sa souffrance trouve un mode de satisfaction bien couteux. Etre tiraillé entre son désir et le fait d’occuper la position de phallus imaginaire, voilà bien ce que la clinique nous dévoile. D’ailleurs, ce tiraillement s’entend à travers le sentiment de culpabilité et merci à Diane Sourrouille qui a mis cela en exergue en tant qu’il vient signer l’Œdipe et qu’il représente un indicateur important dans la traversée de la cure.

Lors de cette journée, les cliniciens ont également montré en quoi le complexe d’œdipe se réactualise dans ce devenir mère et dans quelles mesures il fait appel aux différentes identifications œdipiennes et à l’être femme. Et là encore, vous l’avez compris, il est question de désir. Etre mère, c’est se confronter à son désir et à son propre manque. Lorsque ce manque vient à être comblé par l’enfant, parsemé par un amour maternel qui fait du « trop », il n’y a peu d’espace pour que puisse émerger le désir, l’enfant venant en lieu et place de l’objet a, c’est-à-dire cet objet fondamentalement manquant, cause du désir. C’est aussi parce que l’étoffe du désir se tisse dans l’aliénation au désir de l’Autre, que certains symptômes chez l’enfant viennent également pointer une problématique œdipienne chez la mère.

Avec cette dialectique du désir, je dirais que l’on peut bien mettre au placard, cette question d’être une bonne ou une mauvaise mère, bien que cela ne soit pas l’objet de la psychanalyse. Winnicott parlait de la « mère suffisamment bonne », c’est à dire une mère qui ne serait pas dans le « trop » ou dans le « pas assez » dans les soins qu’elle prodigue à son enfant. On peut bien sûr entendre cet aspect-là mais il convient également d’entendre tout l’aspect imaginaire, fantasmatique et symbolique qui berce cette relation première. Aussi, la question est à situer du côté du désir de la mère et de son rapport à la castration, et non de certains comportements qui l’étiquèterait comme étant une bonne mère, d’ailleurs, il me semble qu’à ce jour, il n’en existe pas de définition, à part, bien sûr, une définition qui serait du coté de l’imaginaire.  

Cette question de l'Œdipe, on peut essayer de l’étudier, de l’expliquer, de la comprendre mais la meilleure façon d’en faire le tour, c’est bien sûr de l’éprouver sur le divan en traversant ses diverses aliénations et fantasmes, ainsi que le rapport que l’on entretient avec cet Autre au cœur de soi. Et d’ailleurs, comme Mr de Amorim aime à le rappeler au sein du RPH, le psychanalyste se doit d’être le premier à aller s’allonger sur le divan, de par la responsabilité qui l’engage dans son désir !

Je ne peux que terminer en vous donnant rendez-vous dès à présent, pour notre prochain colloque qui portera sur le second temps de l’Œdipe et qui fera intervenir un quatrième terme : vous l’avez deviné, il s’agit bien sûr du père ou plutôt de la fonction paternelle.
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